06/09/2009

JOURNAL DE BORD...

JOURNAL DE CAPTIVITE de Raymond Troye (1940-1945)

Intégralité de l'écrit du 4 août 1940... (des extraits ont déjà été mis en ligne). Cela fait plusieurs semaines que les officiers sont prisonniers en Allemagne et se sentent comme des lions en cage et ne cessent de se demander "quand ils vont renter". Tous croient que le départ est imminent.  La plupart resteront 5 ans derrière les barbelés.

Cette page, à sa façon, renvoie au dessin de  Géo Fosty : les joueurs de cartes. 

"4 août... C'est un nouveau dimanche aujourd'hui, un dimanche mémorable : en effet, il y a juste 26 ans que commençait l' autre guerre... Comme je plains ceux qui durent la faire. Voici seulement trois mois que celle-ci a commencé pour nous et notre ennui ne connaît plus de bornes. Il faut dire que la captivité nous semble plus dure que la guerre elle-même. Je suis sûr que chacun de nous préfèrerait risquer vingt fois sa vie que de vivre cette vie morne et démoralisante de oisif et d'exilé. A la guerre, il y a au moins le plaisir de la risquer. Ici, le seul risque possible, c'est de perdre quelques sous au bridge. Beaucoup se nous se découragent, s'énervent en attendant la date de fatidique qu'on nous promet depuis quarante jours.

Pourtant, à bien y réfléchir, cela ne peut durer longtemps. Seule, paraît-il, la pénurie de transports empêche que nous soyons rentrés. Le meilleur parti est de prendre patience et de se résigner.

Il nous faut également chercher à nous distraire, lire, écrire, jouer, faire du sport, s'étourdir, vouloir quelque chose avec force, de façon à s'occuper l'esprit.

Soit, lisons. Hélas, il y a beaucoup d'appelés et peu d'élus. Ecrivons alors. Oui, je l'ai tenté depuis le début mais est-ce de la paresse, ou suis-je un homme vidé, je n'ai pas encore réussi à produire quoi que ce soit. 

Faire du sport, cela est impossible. Sans être très faible, je ne me sens quand même pas assez fort pour supporter les fatigues de la gymnastique ou du football.

 

 Je pourrais jouer aux cartes mais j'ai tellement joué que j'en suis dégoûté. Et puis on y est soumis aux appréciations de gens cupides et intolérants qu'à la moindre faute due à de la distraction se moquent grossièrement de vous. Si par malheur, un soir, vous refusez de jouer, vos partenaires vous assiègent et se jugent offensés de votre refus. Cela devient une servitude et plus un amusement.

Il y a aussi les cours : allemand, italien, flamand, les mathématiques

et les conférences sur les sujets les plus divers depuis le petit élevage jusqu' à l'histoire militaire en passant par les voiliers. Les sermons existent également donnés par le Père ... infatigable jésuite qui prêche tous les jours dans les deux langues.

Enfin de temps en temps, un cabaret wallon nous réunit à la cantine et on y passe une soirée très agréable. Les artistes ne sont guère réputés, mais mon Dieu, on le leur pardonne à cause de leur bonne volonté.

Et puis, il y a ces longues promenades dans les allées du camp....

« Comment vas-tu ? » dit-on à l'ami que l'on rencontre.

« Oh ! Tant bien que mal » répond-il invariablement

« Quand part-on ? » soupirent-ils presque ensemble. 

Mais à cette question, ils ne trouvent pas de réponse. Alors on parle d'autre chose.

« Quel est le menu du jour ? » « Recevrons-nous beaucoup de correspondance ? » « Saurons-nous obtenir un livre à la bibliothèque ? » « Qui donne une conférence aujourd'hui ? »

Autant de sujets très importants comme l'on voit et qui sont quotidiens pour nous.

 Il en est encore que j'allais oublier ! le tabac. Ah ! le tabac, comme on souhaite son arrivée et quels subterfuges n'emploie-t-on pas pour le remplacer. Certains fument du plantain, d'autres du pissenlit ou des feuilles de tilleul. Et lorsque par hasard arrive le vrai tabac on en vient à ne plus le trouver bon. L'autre jour, l'un d'entre nous, après une première pipe de tabac devint tout-à-coup pâle, eut des nausées, et dût même se coucher. Décrire l'hilarité générale qui secoua notre chambrée est quasi impossible".

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12/04/2009

AVRIL 1945

En ce jour de Pâques 2009 : balade dans le journal de guerre et arrêt sur la journée du 10 avril 1945. Les parenthèses (...) renvoient à des mots illisibles. 

Pour retrouver dans les archives les Pâques sanglantes de 1944  : clic ici.

Journal 10 avril 45

Depuis un mois, nous connaissons la faim. Malgré les bonnes nouvelles du front (...) Les Anglais sont à Brême. Les Américains à (...) et les Russes à Vienne.

Malgré cette promesse de libération prochaine, nous étions malheureux. Plus de colis de chez nous, ni de nouvelles depuis huit mois (sauf quelques lettres de décembre pour certains). Plus de colis américains depuis plus d'un mois, vraiment nous souffrions, car la ration allemande récemment diminuée -oui encore !- était infime. Par exemple, hier on avait reçu pour trois jours ½ pain de 1400 à 1500 g. De plus, les pommes de terre, au plus 400 g par jour, sont tellement mauvaises qu'il nous en reste à peine 200 g. Bref, on mourait de faim. Des disputes éclataient dans la chambre à l'occasion des partages. Un commandant, à plusieurs reprises, est venu comparer sa ration à la mienne et a reproché durement sa faim de partager à l'un de ses collègues. J'ai vu hier encore des officiers fouillant dans la poubelle, à genoux dans l'immondice, pour y trouver de minuscules patates à demi-pourries et des épluchures de rutabagas. Moi-même, j'ai épluché pour les cuire des pelures de caroubes et de rutabagas. Des officiers de vingt-huit ans passent dix-huit heures sur vingt-quatre au lit. Le sujet dominant les conversations était devenu la faim.

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29/10/2008

LE 25 MAI 1942

Ce qui s'est passé à Eichstätt ?

Un énorme "canard" (information fantaisiste) s'est abattu sur la camp et a plongé les P.G. dans le surréalisme le plus total. La rumeur que le débarquement avait eu lieu et que l'Allemagne était vaincue circula... "Tout le camp fit la fête sous les yeux des gardes et sentinelles allemandes"(*). R. Troye a consacré 2 ou 3 pages à cet épisode. S'il n'est pas explicite avec le canard (le débarquement) et la fête qui a été spontanément organisée,  il relate avec force l'optimisme qui a submergé le camp et évoque des sanctions. (voir les 2 billets précédents)

J'ai découvert ce complèment d'info dans le livre "Hommage de la Wallonie aux Prisonniers de Guerre : "Les Combattants de '40". Sans ce paragraphe (page 121), jamais je n'aurais pu comprendre ces mystérieuses pages du journal d'Eichstätt.

Les représailles auraient eu des répercussions concernant tous les officiers : "deux mois plus tard, tout le camp était envoyé en représailles à Fischbeck, à l'Oflag XD" (**).

Illustration : je sors des archives ce précieux livre-hommage dont sont issues les deux phrases (* et **).

 

livrecomb40

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06/10/2008

LES EVENEMENTS DE MAI 42 (2)

Suite du journal fin mai 1942

21h 15 : ------------------------------------------------

26 mai : Toutes les nouvelles de ces quatre derniers jours étaient abominablement fausses. Un odieux mystificateur s'est payé notre tête. Ce matin encore, tout le monde croyait et cependant la logique, le bon sens élémentaire nous commandait de ne pas croire. Jamais plus nous n'assisterons à pareille explosion de joie et de crédulité. Cela dépasse toute imagination humaine.  Le romancier qui décrirait les journées que nous venons de vivre serait taxé de mensonge. Nous rions maintenant mais nos nerfs sont à bout. Quelle atmosphère, mon Dieu ! Comment se peut-il qu'il y ait des êtres assez abjects pour inventer pareilles choses ! 

28 mai : Les colonels Serley et Lambert, les majors  M (*) et Forgeur, des commandants et des lieutenants, en tout  une quinzaine d'officiers sont partis ce matin vers un autre camp du côté de Lübeck (**) . C'est la conséquence immédiate des événements.

(*) nom pas lisible

(**) l'oflag XC de Lübeck était un camp de représailles.

mai 42 journal 2 Copie

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05/10/2008

QUE S'EST-IL PASSE ?

Suite du passage évoqué lors du dernier billet... 

La fin du mois de mai 1942 semble avoir été quelque peu extraordinaire... Mon grand-père y mentionne "l'effervescence au camp", "de bonnes nouvelles", "des nouvelles de plus en plus bonnes", le 25 mai marque le 2ème anniversaire de sa captivité et semble avoir été une journée "intense pour tous"... Journée de "doute et de foi"... Il évoque même "un martyre moral indicible"... et  conclut : "c'est un véritable raz-de- marée qui  a submergé le camp" !

Mais que s'est-il donc passé à Eichstätt ? 

mai 42 journal 1 Copie

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28/09/2008

L'E.R.M.

L'extrait ci-dessous est la suite de quelques lignes consacrées à la difficulté d'écrire (j'avais baptisé le billet  "Ah La page blanche" et fait allusion à l'Ecole Royale Militaire "E.R.M")

JOURNAL 18 MAI 1942

"Souvenez-vous de septembre 1937. Vous franchissiez anxieux le porche monumental de l'E.R.M en compagnie de six cents candidats. Vous étiez seul à croire en vous et même vous doutiez un peu au sein de cette foule de concurrents. N'étaient-ils pas plus forts que vous tous ces jeunes gens frais sortis des écoles alors que vous aviez étudié seul ? N'allaient-ils pas mieux réussir et vous empêcher de vous classer en ordre utile ? C'est le contraire qui se produisit, ne l'oubliez pas. Aujourd'hui comme alors, vous possédez les mêmes et sérieuses raisons d'espérer. Travaillez."

journal RT erm 1

 

journal RT erm 2

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28/06/2008

L'APPEL... JOURNAL

Et pour accompagner la photo de l'appel (1941), je sors des archives un des premiers textes écrits en 1940... La vie au camp... l'appel... 

 

Extrait journal : 22 juin 1940

  

L’événement capital de la journée au camp, c’est l’appel. Dès 9 heures, nos commandants de compagnie, en l’occurrence, des colonels, nous rassemblent sur le terre-plein, nous forment en carré, par files de cinq et nous comptent. Un officier allemand arrive. Le colonel Servais, notre plus ancien, commande : « Garde à vous » et nous présente. Arrive ensuite un autre officier plus élevé en grade : mêmes opérations. Puis des soldats nous comptent et recomptent jusqu’à ce qu’ils aient trouvé le nombre exact. Le colonel fait l’addition et en rend compte aux officiers. Ensuite, on nous lit les ordres nouveaux et les communications. Chacun tend l’oreille dans l’espoir d’entendre lire notre ordre de libération mais il n’arrive pas vite. Chaque jour sont demandées des listes nous classant par catégories : fonctionnaires, industriels, médecins, etc. Et il paraîtrait que ceux-là partiraient les premiers. Mais quand ? Personne ne le sait. Les bruits les plus invraisemblables circulent et chaque jour naissent plusieurs canards qui nous font haleter d’émotion. Nous savons que ce sont des mensonges ou des exagérations, mais malgré cela, nous en éprouvons un soulagement. Ils trompent notre attente

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06/06/2008

JUIN 1944

Voici ce que mon grand-père écrivit dans son journal...

(Le paragaraphe relatif à "Meurtre dans un oflag" a déjà été reproduit sur le blog).

1 juin 1944 

Convoqué chez le général Michiels, un de nos plus hauts chefs. H avait oublié chez lui mon roman « Meurtre dans un Oflag ». Le général l’ a lu et l’a trouvé beau et intéressant. Je puis sonner à sa porte quand je veux, il m’aidera à me faire éditer. C’est pour moi un événement considérable. Le plus élevé de nos chefs s’intéresse à mon oeuvre. Quel encouragement ! Il m’a reproché quelques faiblesses de style. Avec raison. Je vais tenter de m’amender.

Un incident pendant l’appel de cet après-midi. Un sous lieutenant, pris soudain de folie, a sauté à la gorge d’un officier allemand sans le moindre motif en criant : « Mettez-vous à genoux, l’Allemagne est battue ! Hitler est mort... ». Les camarades l’ont aussitôt maîtrisé et conduit à l’infirmerie. L’officier allemand n’ a pas eu, heureusement, de réaction brutale.

 

4 juin 1944 
Prise de Rome par les alliés. 
 

 

 6 juin 1944 
Débarquement anglo-américain. Enthousiasme dans le camp. Lettre d’Yvonne commentant le bombardement de Montignies.

 

 

-Comment  les P.G. au fin fond de l'Allemagne, au fin fond de leur oflag ont-ils eu connaissance du débarquement en Normandie (le jour même !) ? Probablement par les radios clandestines....

 -Concernant le bombardement de Montignies, pour rappel, Charleroi a eu des "Pâques sanglantes".   Les semaines qui précédèrent le débarquement, les alliés entreprirent de bombarder divers ponts et voies ferroviaires en Belgique et en France... Les attaques de ces mois d'avril et de mai furent très très éprouvantes pour les populations civiles.

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02/03/2008

EXTRAIT JOURNAL 3 AOUT 1940

Et que dit le journal (début captivité) au sujet du courrier ?

Le passage ci-dessous fait suite à l'épisode de la bibliothèque (O Stendhal !).

Les lecteurs du tout début de ce blog se souviendront qu'en 2006, le début du journal fut mis en ligne et remarqueront le "trou" entre  le 19 juillet 1940 et le 3 août 1940.

Ces lignes seront prochainement mises en ligne (et la présentation du journal du journal réorganisée).

"Je lisais donc les aventures de Fabrice, assis auprès de la fenêtre voisine de mon lit que j’ai pris l’habitude d’appeler « ma fenêtre » car elle n’est à vrai dire accessible qu’à moi seul.Tout à coup, un mouvement insolite me fit pencher à la croisée. Des officiers couraient et se rassemblaient tous autour d’une table de pierre sur laquelle l’un deux venait de monter. Distribution du courrier ! Je compte jusqu’à trois, si à trois, mon nom n’est pas cité, c’est que je n’en recevrai pas ! Un… deux…  Oh joie, à deux, je fus appelé ! C’était une carte de ma femme. Elle m’apprenait que l’armée belge était démobilisée et me citait le nom de certains officiers déjà rentrés à Charleroi… Et beaucoup sont déjà placés dans le civil… Oh les veinards ! Ils sont chez eux en famille et nous moisissons ici. J’eus le malheur d’en faire la confidence à mes camarades de chambrée et aussitôt le cafard. Oh ce démon qui rode dans le camp : comme on voudrait le prendre à la gorge et le terrasser. Parfois, on y réussit, une nouvelle optimiste la chasse mais il revient bientôt avec plus de vigueur, nous assaillir et nous meurtrir".

20:06 Écrit par oflag dans *Journal (1940-1945) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/02/2008

LA NOYADE D'OLGA

Et à propos du fil interdit...

Extrait journal  : 27 novembre 1942 (oflag  XD- Fischbeck)

"Olga a failli se noyer ce matin ! Olga, c’est notre pie apprivoisée. Elle est venue de Bavière avec nous dans une cage portée par un camarade. C’est lui qui avait ramassé la jeune pie tombée du nid un matin d’avril dernier. Il l’avait recueillie et soignée. Et depuis lors, Olga partage notre existence, trottinant parmi nous du matin au soir, comme ses ailes sont rognées, elle sait à peine voler. Déjà, à Eichstätt, elle venait se mêler à nous pendant l’appel, agacée sans cesse par l’un ou l’autre. On lui tirait la queue, elle répondait par un coup de bec. Bref, Olga est un élément pittoresque dans notre camp. Il n’est pas de jour ici où l’on ne voit quelque rassemblement autour d’elle. Eh bien ! la semaine dernière, Olga a failli se noyer dans un caniveau qui longe la clôture barbelée. Et aucun prisonnier ne pouvait lui porter secours car elle se trouvait au-delà du fil qui nous est défendu de franchir. Il fallut faire appel à une sentinelle".

19:19 Écrit par oflag dans *Journal (1940-1945) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

29/01/2008

"LES REFUGIES FUYANT BERLIN"

A Prenzlau (le dernier oflag), ces quelques lignes (écrites en 1943) sur la violence de guerre... à partir de l'expérience que mon grand-père en a : les bombardements.

Note pour les nouveaux lecteurs de ce blog :  les P.G. (prisonniers de guerre)ont passé 5 ans enfermés derrière les barbelés des camps qui leur étaient destinés -et- les bombes alliées ne cessant de s'abattre sur l'Allemagne, on peut le dire, ont vécu une grande partie de la captivité dans "l'ambiance" des bombardements. En tout cas, c'est ce qui ressort de la lecture du journal de mon grand-père. 

Prenzlau n'était qu'à 90km de Berlin...

Extrait journal : 28 Novembre 1943 Cette nuit et cet après-midi sont arrivés à la caserne voisine les réfugiés fuyant Berlin à la suite des récents bombardements. Je n’ai pas pu me défendre d’une certaine émotion devant cette misère humaine. Respect face à la misère quelle qu’elle soit. Mais tout le monde ne pense pas comme moi. C’étaient les nôtres qui fuyaient en 40, bombardés et mitraillés par les avions en même temps que les troupes. Aujourd’hui, ce sont eux. Où cela finira-t-il ? Le monde est-il frappé de folie ? Notre civilisation va-t-elle être engloutie sous les ruines des bombardements ? N’y a-t-il plus place ici que pour la haine ? Faut-il qu’après vingt siècles de Christianisme, les hommes s’entre-déchirent encore ? La guerre est-elle donc une fatalité ? Ne saura-t-on jamais l’éviter ?

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24/01/2008

BARBARIE

L’émission d’hier fut insoutenable. Difficile d’enchaîner… J’ai suivi avec attention le documentaire qui a suivi après sur Arte « Il faudra raconter » : le nazisme fut un système de déshumanisation totale qui ne fit pas la guerre à un groupe précis de personnes (même si certains groupes se retrouvèrent en première ligne de la haine) : il fit la guerre à l’Humanité. Et c’est jusqu’à la fin de l’histoire du monde "qu’il faudra raconter" !

Au mois de mai 1944, dans le fin fond de son oflag, mon grand-père qui ne connaît rien de l’existence de ces « autres camps » écrivit quelques lignes au sujet de la barbarie humaine…

Pour comprendre le texte, il faut savoir qu’il a été invité à tenir une petite conférence sur Baudelaire. Imprégné par l’étude du poète, il s’exprime -en effet- de manière  "baudelairienne"...

Pour comprendre le texte, il faut se rappeler que depuis 1943, officiers de réserve (cadres civils avant la guerre) et officiers de l'active (militaires de carrière) sont séparés. A Prenzlau, les jeunes lieutenants sont sous la surveillance des "chefs" (généraux et toute la clique) et ça ne rigole pas...

Extrait journal : 3 mai 1944 

"Cette guerre est plus barbare que toutes les précédentes parce qu’elle tue les femmes, les enfants et les vieillards sur une échelle inconnue jusqu’ici. Mais où commence la barbarie ? N’est-elle pas en veilleuse dans le coeur de chacun de nous ? Et ne suffit-il pas d’un léger souffle pour la rallumer ? L’homme est un monstre. Et la civilisation, comme l’a dit Baudelaire, réside dans la diminution des traces du péché originel. Mais la chute d’Adam nous a marqués comme au fer rouge : les cicatrices de notre âme ne s'effaceront sans doute jamais. Plus j’avance et plus je vois que faire le mal est pour l’homme une volupté près de laquelle le bien n’est qu’une pâle caricature. C’est depuis la guerre surtout que je remarque cet état des choses. Un tel m’a fait du mal. Donc, j’ai le droit de me venger. Voilà ce qu’on entend à tout propos, même par ceux qui s’agenouillent tous les matins au banc de communion. Mais que deviennent les préceptes de Notre Seigneur Jésus Christ ? Etre chrétien consiste-t-il à lire des formules latines et à recevoir la Sainte Hostie avec des mains hypocrites ?".  

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20/10/2007

BARBELES (suite)

Extrait journal : Jeudi 11 février 1943

"(...) sont suspendus du côté de l’horizon des nuages gris qui n’annoncent rien de bon.

Mais qu’importe demain, pensent les promeneurs, aujourd’hui seul importe.

Et ils s’en donnent à cœur joie le long des barbelés, tournant tous dans le même sens à longueur de journée".

Phrases écrites dans l'oflag XD de FISCHBECK.

FISCHBECK : "1700 habitants sur 3 hectares !!!(...) densité de la population de la Belgique (...) 265 habitants au kilomètre carré... Celle du grand Londres est de quelques 6 000 au kilomètre carré... Celle de l'oflag XD à Fischbeck était de 60 000...."

(Extrait livre J. Kempeneers) voir lien.

 

Les fidèles lecteurs de  ce blog auront remarqué que je fonctionne, actuellement,  à une vitesse d'escargot....

La blogueuse serait-elle en panne d'inspiration ? 

Absolument pas !

Voilà, chaque nouveau billet en chasse un autre vers les archives. Je constate avec effroi que le mirador (magnifique dessin) que l'auteur du blog "les ombres qui passent" a eu la gentillesse de créer pour ce blog.... va bientôt s'envoler vers celles-ci.... Comme je tiens à le garder sur la page d'accueil le plus longtemps possible, je traîne, je traîne... 

20:39 Écrit par oflag dans *Journal (1940-1945) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

05/10/2007

SUITE JOURNAL OCTOBRE 1943

Extrait journal : 5 octobre 1943

"Cet après-midi, appel en chambre. Il consiste à défiler devant l’interprète qui vérifie le no de notre plaque d’identité et contrôle la photographie de notre fiche. Cette cérémonie a lieu toutes les semaines."

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01/10/2007

APPELS ET EVASIONS

Extrait journal : 1er octobre 1943

"Nous avons eu aujourd’hui trois appels au lieu de deux à la suite de l’évasion de l’un de nos camarades".

Cette  phrase écrite dans  l'oflag de PRENZLAU est, certes, courte mais pas  anodine du tout...

Ah ! Tout ce que l'on pourrait raconter en matière d'évasion(s) !

Le journal de R. Troye  en relate de ces   tentatives opérées par les compagnons de captivité  !

De 1940 à 1945, certains  P.G. ont fait preuve d'une redoutable imagination pour tenter de fuir... (tunnels sous les latrines, par les égoûts, etc).

 

Quant à l'appel, moment de monotonie par excellence,  que d'événements tragico-comiques  ne s'y rattachent-ils pas  !

 

"Comment mettre en ordre douze cents officiers dans une telle couche de neige?" journal 4 février 1942

"Un coup de feu a été tiré ce matin pendant un appel sur un officier qui était sorti des rangs"  journal 8 novembre 1943

"Un incident pendant l’appel de cet après-midi. Un sous lieutenant, pris soudain de folie, a sauté à la gorge d’un officier allemand (...)"  journal 1er juin 1944

" Divers incidents comiques au moment de l’appel (...) Ovation ironique. Chant « Wir Fuhrer »"  journal 2 mars 1944 

Dans les archives : une  photo de l'appel ramenée par R. Troye  de captivité. Elle concerne le camp de Fischbeck (oflag XD).

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08/08/2007

LIRE POUR TENIR

Même si le blog est à l'heure estivale, tiens, envie subite de replonger dans le journal de guerre de mon grand-père... Début août 1940, 1941, 1942, 1943, 1944, a-t-il écrit quelque chose de particulier  ?

Oh le 3 août 1940 "parle bouquin" et est donc un petit peu en lien avec le billet "livresque" d'hier !!! (pas fait exprès du tout !)

 

"C’est tristement que je gravis l’allée caillouteuse et remontai dans ma chambre où je continuai la lecture de la « Chartreuse de Parme ».

Oh ! Stendhal tu ne te doutais point qu’en 1940 des officiers feraient la file quarante minutes à la porte d’une bibliothèque pour obtenir l’un de tes livres.

Il faut nous voir courir le lundi, mercredi et vendredi après l’appel vers le petit corridor où s’ouvre cette porte pour comprendre l’ennui mortel qui nous ronge ici.

Pour obtenir un livre, que ne ferions-nous pas ? Or il n’y en a que 150 et nous sommes ici 1400".

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21/07/2007

21 JUILLET EN CAPTIVITE

Ete 2007 : le blog est à l'heure estivale. Mais aujourd'hui 21 juillet : retour vers le journal de Raymond Troye.

Extrait journal : 22 juillet 1940

"C’était hier notre fête nationale. Triste jour croyait-t-on quand on doit le passer en captivité. Eh bien, ce jour fut bien un jour de fête. Le matin, un Te Deum fut chanté après la grand’messe et l’après midi une matinée littéraire nous réunit à la chapelle. Le poète Jean Servais nous y lut ses poèmes écrits en captivité. Ah ! Comme ils nous émurent ces beaux vers où le poète laissait chanter sa nostalgie qui est aussi la nôtre. Comme nous lui fûmes reconnaissants de nous avoir fait vibrer. Il fut copieusement applaudi".

 

La chapelle de 1940 ? Camp d'Eichstätt... Mais c'est la chapelle du LIEU DU CRIME !!!  

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10/06/2007

DES GALOCHES ET DES BOTTES

Réflexion devant le "bonhomme de Lagland" : "Tiens, il porte des sabots" (plusieurs dessins montrent qu'en effet les P.G. ont tronqué leurs bottes contre des galoches).

Qu'en disent les écrits de R. Troye ?

sabots

Journal 15 novembre 1942

"(...) Une journée pluvieuse et brumeuse comme toutes celles que nous vivons depuis un mois. Nous passons la plupart du temps en capote, même à l’intérieur de la chambrée où nous grelottons constamment. Pour avoir chaud, on se met au lit où l’on fait le tour du camp au pas accéléré, pour autant que le permettent les galoches ou les sabots dont nous sommes chaussés. Car les bottines se font rares. En général, nous sommes très pauvres en vêtements".

Journal 10 février 1943

"De nouveau du grand vent et de la pluie. Dieu, quelle humidité dans nos chambres ! Tout moisit, même à l’intérieur de nos valises. J’ai décroché hier mes bottes pendues depuis 6 semaines contre la paroi extérieure : elles étaient vertes".

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29/03/2007

AVRIL 1945

L’émission d’hier soir évoquait le terrible mois d’avril 1945 et l’anéantissement de Berlin.

Vite... quelques  phrases « piochées » dans le journal de mon grand-père :

10 avril 45

« Depuis un mois, nous connaissons la faim (...) ». « Des disputes éclataient dans la chambre à l’occasion des partages (... )».

13 avril 45

« (...) Est-ce la fin du monde ? La terre est-elle sortie de son orbite ? Va-t-elle s’émietter comme une simple masse ? (...)

« (...) Ce matin, dès 6 heures, on sut que deux bombes étaient tombées sur le bloc B et qu’il y avait plusieurs tués et blessés (...).

« (...) La mort de Vincent m’a peiné au-delà de toute imagination(...) ».

19 avril

« La peur, la grande peur sévit (...) ».

24 avril 1945

« 16h : Ordre de départ du camp par la route.

18h : Bombardement de Prenzlau ».

Pourquoi ne pas reproduire, ici, maintenant, l’intégralité, de ces « extraordinaires » pages ? Besoin peut-être de rentrer en « douceur » dans la thématique, de connaître davantage le sujet, de digérer le fait que vivre tout cela a été terrifiant... Posséder de telles pages, ça se mérite aussi...

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05/03/2007

EXTRAIT JOURNAL

JOURNAL 22 juin 1940

Dès le lendemain, on nous apprit que le pain devait durer quatre jours : déception. Chacun de nous reçut un numéro d’ordre : je fus ainsi doté d’un bout de carton portant le numéro 2756 et à l’aide d’une ficelle, je dus le suspendre à un bouton de ma veste. Nous dûmes ensuite passer à la visite. Elle comprenait trois phases : la fouille et le dépôt d’objets prohibés, la douche et la visite médicale.

 

La première opération se passait dans une baraque en bois au nord du terrain de football, les deux autres dans le bloc des services. Avant l’entrée, on devait remplir une fiche et on recevait une carte imprimée au verso de laquelle on inscrivait son nom et où se trouvait notre adresse : OFLAG VIIB. Au recto, un formulaire cynique : « Je suis en bonne santé » et l’on signait en dessous (…). Un interprète nous lisait la liste des objets prohibés : médicaments, casque, instruments de chirurgie, bijoux, etc. A ma surprise, on ne me fouilla pas, on me demanda simplement si je possédais l’un de ces objets et l’on me prit mon casque. Je dus déposer mon argent et l’on remplit une nouvelle fiche. Nous passâmes ensuite aux douches. Par groupes de vingt (…). Il restait la visite médicale où nous dûmes attendre un peu plus longtemps notre tour (…).


(Au tout début de la guerre, les P.G. ne pouvaient mentionner le lieu exact de leur détention... seul le numéro du camp était indiqué - voir post  "je ne puis te dire où je me trouve)" 
 
 

Pas retrouvée la carte annonçant l'arrivée au camp XD (Fischbeck - Hambourg)

 
(Camp de Prenzlau - 90km nord de Berlin)
 
 

09:32 Écrit par oflag dans *Journal (1940-1945) | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

07/02/2007

"DE TOUS COTES, LE CAMP..."

Copie de medaille verso

"De tous côtés, le camp est entouré d’une double rangée de fils barbelés de trois mètres de haut que gardent à la mitraillette au poing, des sentinelles perchées dans des guérites surhaussées au delà de cette enceinte". (Journal 22 juin 1940)

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